En France, 43,7 % des créateurs d'entreprise sont des femmes, soit 378 300 sociétés lancées en une seule année. Derrière ce chiffre flatteur, l'accès au financement, les revenus et la survie des entreprises racontent une tout autre histoire. Voici les chiffres qui comptent pour se lancer sans naïveté, du taux de création jusqu'à la pérennité des projets.
Combien de femmes entrepreneurs en France aujourd'hui ?
Le mouvement s'accélère depuis une décennie. En 2022, les femmes composent 43,7 % des créateurs d'entreprise en France, contre 36 % dix ans plus tôt selon l'Insee. Elles représentent aussi 28 % de la chaîne entrepreneuriale en 2025, un indicateur qui additionne les projets en cours, les intentions de création et les cheffes d'entreprise déjà installées.
L'envie recule pourtant. Seules 21 % des femmes disent vouloir créer leur entreprise un jour en 2025, un chiffre en baisse de six points sur un an d'après le Baromètre France Active-FBF. Le manque de confiance en ses propres capacités freine 21 % d'entre elles, la peur de l'échec 34 % et la complexité des démarches administratives 46 %.
Financement : un accès encore verrouillé
Le statut choisi à la création dessine déjà un écart. Les femmes optent pour la micro-entreprise dans 67 % des cas contre 50 % chez les hommes et se tournent vers une SA ou une SASU dans à peine 11 % des cas contre 20 % chez les hommes, selon l'étude menée par BGE avec l'ObSoCo et le Crédit Mutuel Alliance Fédérale.
| Indicateur | Femmes | Hommes |
|---|---|---|
| Création en micro-entreprise | 67 % | 50 % |
| Création en SA / SASU | 11 % | 20 % |
| Chiffre d'affaires < 25 000 € (1ʳᵉ année) | 70 % | 52 % |
| Revenu annuel moyen des indépendants (2021) | 39 363 € | 49 304 € |
L'accès aux capitaux extérieurs reste le point noir. Les entreprises portées par des femmes captent à peine 11 % des levées de fonds en France selon Bpifrance et la garantie ÉGALITÉ Femmes de France Active couvre jusqu'à 80 % d'un prêt bancaire pour compenser ce déséquilibre, dans la limite de 50 000 euros.
Secteurs et régions où elles entreprennent le plus
La moitié des entrepreneuses se concentre sur trois secteurs : l'enseignement, la santé et l'action sociale, qui rassemblent 50,1 % des créatrices. Le conseil (29 %), les services aux particuliers (25 %) et le commerce (20 %) complètent le podium des activités choisies à la création. Le BTP reste, lui, le secteur le moins investi par les femmes.
Sur le plan géographique, la Normandie concentre le plus d'entreprises dirigées par des femmes, avec 36,3 % des sociétés régionales, suivie par la Bretagne (36 %) et la Nouvelle-Aquitaine (35,7 %). Ces trois régions dépassent de loin la moyenne nationale.
Revenus : un écart qui ne se resserre pas
L'écart de rémunération persiste, quel que soit le secteur. Les cheffes d'entreprise gagnent en moyenne 30 % de moins que leurs homologues masculins selon le Baromètre 2024 de l'entrepreneuriat féminin d'Infogreffe. Chez les travailleurs indépendants, le revenu annuel moyen atteint 39 363 euros pour les femmes contre 49 304 euros pour les hommes en 2021, soit 20,2 % de différence.
Cet écart se lit aussi dans le temps. La première année d'activité, 70 % des femmes déclarent un chiffre d'affaires inférieur à 25 000 euros contre 52 % des hommes. L'écart se réduit à peine avec l'expérience : 57 % des femmes restent sous ce seuil après plusieurs années contre 50 % des hommes.
Ce qui freine encore les femmes avant de se lancer ?
Les obstacles ne se limitent pas au financement. Plusieurs freins reviennent, année après année, dans les études menées auprès des créatrices d'entreprise :
- le manque de confiance en sa capacité à réussir
- la crainte de perdre en revenu et de déséquilibrer la vie familiale
- la tendance à demander moins d'aides financières que les hommes, au risque de sous-capitaliser le projet
- le syndrome de l'imposteur, cité par une large part des créatrices interrogées
- le manque de modèles inspirants : 93 % des femmes en réclament mais à peine 18 % savent en citer une
Il est essentiel de faire abstraction des représentations pour se concentrer sur la personne et son potentiel entrepreneurial, rappelle Sophie Jalabert, déléguée générale de BGE Réseau.
Ce constat rejoint celui des réseaux d'accompagnement : la légitimité se construit avec des exemples concrets, pas avec des statistiques abstraites, comme peuvent en offrir des communautés dédiées telles que le site mars-elles-club.fr.
Les entreprises créées par des femmes tiennent-elles la distance ?
La pérennité dément l'idée d'un entrepreneuriat féminin fragile. Trois ans après leur création, 73 % des entreprises fondées par des femmes sont toujours actives selon l'Insee, un taux comparable à celui des hommes. Le Baromètre 2025 confirme la tendance : 70 % des sociétés créées par des femmes restent stables après trois ans, 26 % ont embauché et 4 % ont licencié.
L'âge moyen des créatrices recule lui aussi : il passe de 43 ans en 2022 à 41,6 ans en 2024. La motivation change de nature : 56 % des entrepreneures citent désormais la quête de sens comme moteur principal, un chiffre en hausse de douze points en un an et 59 % jugent l'entrepreneuriat plus stimulant que le salariat.






