Atteindre 100 % de votre salaire pendant un arrêt maladie repose sur un principe simple : empiler trois dispositifs distincts. La Sécurité sociale verse une base, votre employeur ajoute un complément, et une prévoyance comble le reste. Aucun de ces trois étages ne suffit seul. Comprendre comment ils s’articulent vous permet d’identifier vos droits réels et d’éviter une chute brutale de revenus au pire moment.
La réponse en bref : empiler trois dispositifs
Personne ne vous verse spontanément 100 % de votre rémunération en arrêt maladie. Le maintien intégral résulte d’une addition. Les indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS) couvrent 50 % de votre salaire de base. Le complément employeur monte ce taux à 90 % puis le réduit. La prévoyance, quand elle existe, finit le travail.
La vraie question n’est donc pas « ai-je droit à 100 % ? » mais « mes trois étages sont-ils tous présents et bien calibrés ? ». Un dirigeant ou un indépendant n’a souvent que le premier et le troisième. Un salarié couvert par une convention collective généreuse peut tout obtenir sans même souscrire de garantie personnelle.
Les indemnités de la Sécurité sociale : la base, jamais suffisante

L’Assurance Maladie verse vos IJSS à partir du quatrième jour d’arrêt. Les trois premiers jours forment le délai de carence, période non indemnisée. Le montant correspond à 50 % de votre salaire journalier de base, calculé sur la moyenne de vos trois derniers salaires bruts divisée par 91,25.
Ce calcul bute vite sur un plafond. L’indemnité journalière reste bornée autour de 41 à 53 euros selon le barème en vigueur, soit un salaire de référence limité. Dès que vous gagnez plus d’environ 3 000 euros nets par mois, la Sécurité sociale ne suit plus. Cette brique reste essentielle mais structurellement insuffisante : elle exige un relais.
Le complément employeur, dopé par votre convention collective
Au-delà d’un an d’ancienneté, votre employeur doit légalement compléter les IJSS. Ce complément porte votre rémunération à 90 % du salaire brut pendant les 30 premiers jours, puis à 66,66 % pour la période suivante. La durée de versement augmente avec votre ancienneté.
Le barème légal selon l’ancienneté
| Ancienneté | Durée à 90 % | Durée à 66,66 % |
|---|---|---|
| 1 à 5 ans | 30 jours | 30 jours |
| 6 à 10 ans | 40 jours | 40 jours |
| 11 à 15 ans | 50 jours | 50 jours |
| 16 à 20 ans | 60 jours | 60 jours |
| Plus de 30 ans | 90 jours | 90 jours |
Le levier décisif se cache ailleurs : votre convention collective. Beaucoup vont bien plus loin que le minimum légal. La banque maintient parfois 100 % du salaire pendant six mois. La métallurgie, la chimie ou les secteurs sociaux prévoient plusieurs mois de salaire intégral. Certaines suppriment le délai de carence ou assouplissent la condition d’ancienneté. Repérez votre code IDCC sur votre bulletin de paie : c’est là que se joue la différence entre 70 % et 100 %.
La prévoyance : l’étage qui fait la différence
La complémentaire santé ne maintient aucun salaire. Elle rembourse des frais médicaux, rien de plus. Seul un contrat de prévoyance verse un revenu de remplacement. C’est le troisième étage, souvent ignoré, qui complète ce que la Sécurité sociale et l’employeur laissent à découvert.
Deux formules existent. La prévoyance collective, souscrite par l’entreprise, se déclenche sans démarche de votre part : l’employeur en est le souscripteur. Pour les cadres, elle est obligatoire. La prévoyance individuelle s’adresse aux dirigeants, indépendants et salariés de TPE non couverts. Avant de signer, examinez quatre points :
- Le taux de couverture réel : visez 80 à 100 % du salaire net
- Le délai de carence : fuyez les contrats à 60 ou 90 jours
- Les plafonds de prise en charge
- Les exclusions : maladies préexistantes, sports à risque, troubles psychologiques
Souscrire jeune et en bonne santé abaisse la cotisation et solidifie les garanties.
Les cas où vous ne toucherez pas 100 %
Le maintien intégral se brise dès qu’un étage manque. Sans prévoyance et avec une convention peu généreuse, vous tombez à 66,66 % du brut après le premier mois. Les secteurs comme le BTP ou le commerce protègent souvent moins que d’autres.
Sans complément, un salarié perd en moyenne entre 30 et 40 % de ses revenus pendant un arrêt prolongé.
L’arrêt longue durée crée un autre écueil. Les IJSS cessent après 360 jours sur trois ans, sauf affection de longue durée, et les compléments employeur s’épuisent. Le statut compte aussi : un indépendant sans prévoyance bien calibrée reste exposé, et les fonctionnaires conservent désormais 90 % de leur traitement les premiers mois, contre 100 % auparavant. Un arrêt qui se prolonge peut aussi déboucher sur une procédure de licenciement pour inaptitude, dont mieux vaut connaître les pièges à l’avance.
Les démarches à respecter pour ne rien perdre
Une erreur administrative bloque les versements même quand votre couverture est solide. Le réflexe vital tient en un chiffre : 48 heures. Vous disposez de ce délai pour transmettre votre arrêt à la CPAM et à votre employeur, week-end compris.
Concrètement, envoyez les volets 1 et 2 à votre caisse, le volet 3 à votre employeur, puis prévenez votre organisme de prévoyance. Conservez chaque justificatif : arrêt de travail, bulletins de salaire, courriers. Vérifiez que votre employeur transmet bien l’attestation de salaire à la CPAM sous cinq jours, sinon le calcul de vos IJSS devient impossible. Un retard de déclaration expose à une réduction de 50 % des indemnités, voire à une suspension temporaire.






